Séries US : provoc ou néo-cons ?

 

Ca va faire une dizaine d’années que l’on considère que les séries US ont entamé une forme de renouveau extraordinaire, les menant à traiter des sujets tabous, des personnages complexes, des thématiques vraiment difficiles et conflictuelles.

Le succès des séries US est souvent utilisé comme preuve que la télé peut aborder de manière « non conventionnelle » des sujets difficiles, bien mieux que le cinéma. On prend plus de temps pour développer des personnages et les problèmes auxquels ils font face. Le message qui est transmis est beaucoup moins (au choix) manichéen/tranché/plein de bons sentiments/anticommuniste etc., que celui qui était véhiculé par les séries US des années 1980, comme K2000, Bevery Hills, pour n’en citer que quelques unes.

Vraiment ?  Est-ce bien sur ?

Parce que les techniques scénaristiques utilisés sont complexes, nous présentent plein de machinations, de retournements de situation etc., bien plus que dans les années 1980-1990 en tout cas, le message véhiculé serait-il si différent?

C’est vrai que le message d’une série comme 24 est difficile à décoder : est-ce profondément conservateur? est-ce profondément progressiste (après tout, un Noir est président bien avant l’élection d’Obama) ?

Mais à y regarder de près, le message néoconservateur, pro-life / anti-avortement, hyper catho (presque facho) est bien présent. Il est d’ailleurs tellement présent, que je me demande si je vais pas arrêter de regarder la plupart des séries US que j’ai commencé. Je pense, par exemple à Desperate Housewives, qui me semble être quasiment de la propagande pro-républicaine à peine déguisée, ou The Walking Dead.

Posez vous la question : quand avez vous vu, dans un épisode de série télé, quelqu’un en train de :

-Mentir impunément. Le mensonge est le noeud dramatique d’un nombre ahurissant d’épisodes de séries, a tel point que ça m’exaspère totalement. Dès qu’un personnage cache la vérité, c’est pas pris à la légère : c’est un pêché atroce, presqu’aussi atroce que de tuer quelqu’un (peut être même qu’il est pire de mentir à quelqu’un qu’on aime que de tuer un méchant). Ca en devient tellement débile que lorsqu’un parent cache la vérité à son enfant (et les parents ont souvent de bonnes raisons de le faire!!), c’est vécu comme une atrocité, comme si l’enfant était adulte. Bref, aucunes circonstances atténuantes.

Challenge :  trouver un épisode de série récente dans lequel un personnage ment, l’avoue plus tard, et l’autre dit « Ah ok, c’est que ça? No problemo ».

– Avorter. Oulala. Les femmes qui avortent dans les séries US, y’en a pas beaucoup. Dans Desperate Housewives, Lynette se retrouve enceinte une nouvelle fois. Ne veut pas le garder. Mais la pression est telle (est TELLE!!!) qu’elle finit par le garder, parce que quand même, l’argument qui a fait pencher la balance, c’est « quand tu verras les petits yeux du nouveau né et qu’il pleurera, tu pourras pas résister). C’est scandaleux. En ce moment dans The Walking Dead, une nana est enceinte. Elle veut pas trop le garder. Mais je vous fiche mon billet qu’elle le fera !

Les séries US diffusent un message pro-life qui me donne envie de gerber.

Challenge : trouver un épisode récent où une héroine tombe enceinte et où elle et son mec se disent « oulala, c’est trop relou, un en plus, fait chier, on en a déjà [insérer le nombre choisi], on n’a pas les moyens, et puis bon, on a donné, merci, basta ».  Bon courage.

Alors c’est sur, ces séries parlent ouvertement de sexe / abattent des terroristes / organisent des machinations complexes. Mais les femmes n’avortent jamais, et mentir est pire que de tuer quelqu’un. Gloups.

One comment on “Séries US : provoc ou néo-cons ?
  1. article fort interessant. On me fait remarquer à ma droite que dans Six feet Under, la jeune Claire avorte. Une des seules séries progressistes ou, en tout cas, pas marquée moralement.

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