Muhammad Ali, le papillon noir

Ali est le plus grand! Il est plus grand que la boxe, donc le plus grand boxeur de tous les temps. Lui-meme le dit! Agile, rapide, puissant, sa danse raffinée et guerrière illuminait le ring et punissait ses adversaires. Son jab mythique , percutant et affilé, dessinait de nouveaux sourcils, de nouvelles lèvres, de nouvelles machoires sur le misérable visage du futur vaincu… Boxeur, oui, mais surtout artiste!

Muhammad Ali ( et pas Cassius Clay nom de Dieu!), comme tous les combattants, ne sait faire que ça: combattre. Les boxeurs restent des boxeurs toute leur vie, c’est leur tragédie. Leur vraie vie se términe lors du dernier round de leur carrière. Puis le néant…Plus de combats à préparer, plus de coups à donner, à encaisser… Notre idole devra, elle, lutter jusqu’à sa fin. Certains tentent un retour, presque toujours raté et humiliant. Ali confirme cette règle. Il se fait lourdement punir par le moyen champion des lourds Larry Holmes, son ancien sparring-partner…Et par le très mauvais Trevor Berbick.

Les mythes méritent de grands travaux, ceux-ci les accompagnent jusqu’à la mort. Ali aura eu de terribles combats à mener: Liston, Chuvalo,Frazier, Norton…et Foreman! Souvenez-vous! En 1974, à Kinshasa dans son Afrique, Ali devient légende; la brute invicible George est mise au tapis. Le stratège de Louisville encaisse dans les cordes sans broncher pendant plusieurs rounds…Quelle folie! L’animal Foreman s’épuise, il lui semble de frapper dans son sac d’entrainement… Au huitième round Ali brise son adversaire: une seule combinaison lumineuse suffira à abattre un adversaire naif et fatigué. Digne d’Hannibal! Aujourd’hui, c’est au tour de Parkinson, vile saloperie qui ralentit ses gestes, un temps superbes, et endort son éloquence, provocatrice et poètique… Mais que cette souffrance est juste!  Ali doit continuer à combattre, coute que coute. Il mérite de ne pas terminer sa vie dans l’ennui crasseux du rabachement de souvenirs nobles, il a besoin d’un nouveau monstre à vaincre. Sa maladie le sauve du vide. Il perd sa beauté et sa grace, à peine sorti du ring; c’est bien connu, les papillons, comme celui de ses vers les plus connus, ne vivent que quelques jours!

Maintenant tout le monde l’aime, meme ceux qui le detestaient. Exposer sa douleur silencieuse sans pudeur ne gene pas, au contraire, ca rapporte! Adidas, Louis Vuitton… On le voit partout Ali! Lors de ses belles années pourtant, celles où il s’exprimait hardemment contre l’injustice de sa société, celle-ci fit tout pour le faire taire, pour le discréditer et le cacher…Aujourd’hui que sa verve est à jamais perdue, on aime le voir, et le voir souffrir! Ah! Tu la fermes maintenant sale black muslim! Ses ennemis de 1973 jubilaient de sa machoire brisée, certains faux amis de 2012 rient de sa langue arrachée!

Mais comme à Kinshasa, Muhammad Ali vaincra son ennemi quand il s’y attendra le moins. Dans sa mort il achèvera sa maladie et les esprits mesquins qui voilent leur haine par de l’adoration seront démasqués. Toute la toile tissée autour de lui, pleine de fausseté, d’intérets et d’envie, celle-là meme qui le nomme Ali en pensant Clay, disparaitra enfin.  Ne restera que son histoire simple et juste, celle d’un guerrier afro-américain brave et honnete, qui flottait comme un papillon et piquait comme une abeille. 

5 comments on “Muhammad Ali, le papillon noir
  1. j’ai aimé ton article plein de poésie, de tendresse pour ce dieu de la boxe ! bravo !!!!!!!!!!!!!!

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