Dogmes dominants et libre pensée

Petit cours d’histoire:

Depuis la première révolution industrielle, plusieurs théories dominantes se sont succédées en économie: des physiocrates français qui ne voyaient dans l’industrie qu’un secteur stérile (c’est à dire improductif) aux libéraux pronant l’importance du capital et du libre marché. Elles furent souvent des dogmes dominants, tout du moins dans des limites spatiales ou temporelles. Certaines furent réutilisées par la suite dans des contextes différents (on assiste ainsi à un retour des théories comme quoi les crises seraient cycliques, notamment les théories des cycles de Kondratiev), pour expliquer les croissances ou les crises.

Si la crise de 1929 fut si violente, si cette dernière à provoqué autant de profonds traumatismes économiques, c’est aussi parce que la veille du « jeudi noir », rien n’avait changé. En effet, bien que la baisse des cours ait commencé début septembre, aucune modification dans la politique économique des Etats-Unis ne s’était fait sentir: certains connaissaient le risque d’une prospérité américaine en partie d’origine spéculative , mais peu s’en étaient alarmés, tout comme pour la crise des Subprimes. Les travaux de John Maynard Keynes ont alors permis d’éclaircir les causes de la crise de 29, ils assurèrent une certaine prospérité pour la France durant les fameuses 30 glorieuses, mais n’empéchèrent pas les taux d’inflation à deux chiffres qui plongèrent le pays dans une phase de récéssion à partir de la fin des années 70. Vint alors l’heure des libéraux, qui viennent de supporter une crise toute aussi importante que les précédentes en 2007…

De ces exemples, on peut tirer deux conclusions. La première est qu’aucun modèle économique ne permet aujourd’hui de promouvoir une croissance de plein emploi des ressources sur une longue durée. La seconde, et peut être la plus importante: que ce que l’on entend aujourd’hui dans les médias et ce qui nous est affirmé haut et fort par nombre d’experts n’est pas toujours vrai. Il faut savoir que, il y a de cela moins d’un demi-siècle, on nous affirmait haut et fort le contraire, d’une manière toute aussi  dogmatique.

Nous sommes aujourd’hui dans un monde gouverné par une théorie néo-libérale, qui a bon gré mal gré survécu à la crise que cette dernière a provoqué et  l’économie, dans nos sociétés développées et ultra-spécialisées, est devenue un des plus importants facteurs du bien être des nations (on ne compte pas le nombre de « on veut un avenir » dans les manifestations). Les programmes économiques aux présidentielles sont devenus de plus en plus loufoques, et leur mise en application plus incertaine que jamais. Le problème est qu’aujourd’hui, il devient difficile pour un néophyte en la matière de comprendre les mécanismes et concepts économiques qui régissent les décisions de nos dirigeants, comme il devient difficile de voir des alternatives au monde libéralisé et globalisé que nous connaissons  tant nous sommes martelés d’affirmations sur la compétitivité, sur un cout du travail toujours trop élevé ou sur une inflation toujours plus dangereuse.

Alors il faut savoir parfois éteindre les médias, laisser tomber les avis d’experts et s’interesser aux théories passées et présentes, regarder un peu leurs vérifications empiriques dans l’histoire, aller écouter ceux qui affirment le contraire de ce que l’on pensait vrai. Non pour adherer à une contre-pensée, mais bien pour savoir que BFM TV n’à pas le monopole des économistes compétents.Quand un « spécialiste » affirme que le plus gros de la crise est passée la veille d’un crash boursier, « les incompétents et irresponsables économistes de la fondation ATTAC » semblent pourtant se rapprocher quelque peu plus de la réalité (L’impartialité de la citation vient d’un blogeur en économie n’ayant apparemment pas apprécié l’existence de théories contredisant sa pensée clairvoyante et sans faille).

Reste alors que l’obscurantisme tant combattu par les merveilles semble de nouveau s’abattre sur le monde (tout du moins économique), et que, sans chercher quelques alternatives au modèle économique dominant aujourd’hui, la fuite en avant risque d’être dévastatrice.

Votre chroniqueur économique du mercredi;

Stud

4 comments on “Dogmes dominants et libre pensée
  1. Bon… y’a beaucoup de choses à dire car tout ça n’est pas vraiment… vrai !
    D’abord une théorie ne gouverne personne. Nous vivons dans un monde gouverné par des hommes. Que ceux-là brandissent une théorie ou une autre ne fait pas de la théorie quelque chose qui domine le monde.
    D’autre part : la théorie libérale, ou néo-libérale, ça n’existe pas; C’est une approximation que les mauvais profs donnent aux étudiants de fac de premières années, mais ça ne veut rien dire. Aucun théoricien ne se revendique comme tel, aucun département scientifique n’utilise ce label. Aucune méthodologie scientifique n’est décrite par ce nom.

    Il y a une confusion entre d’une part la théorie, sensée expliquer et donner éventuellement des pistes pour résoudre un problème, et la pratique, la mise en application concrète via un système politique, légal etc. Là on quitte la théorie et clairement, aucune théorie n’asservit personne.

    De plus, ce n’est pas parce que les experts se trompent dans leur prévision de l’avenir, que la théorie est mauvaise. Cela voudrait dire, sinon, que la météorologie est une science idiote. Aucun sociologue n’est jamais critiqué dans sa théorie parce qu’il n’a pas prédit telle ou telle insurrection ici ou là.

    Bon y’a encore des choses à dire.. Mais d’un point de vue historique, ce que tu racontes est vraiment confus, donc pas vraiment (du tout?)exact.

  2. Bon, alors commençons par ma confusion entre théorie et pratique : je pense que la théorie, au-delà d’uniquement donner des chemins de réflexion aux hommes (vision quelque peu idéaliste si je peux me permettre) permet aussi de soutenir des idées, idées qui elles mêmes définissent les orientations des actions des gouvernants tout en les légitimant.
    Partons donc d’une affirmation parfaitement juste : Les gouvernants, et donc les hommes, brandissent des théories comme tu le dis, et cela n’en fait pas une théorie dominante, j’en conviens parfaitement, ils orientent parfois leur actions en fonction des théories dans lesquelles ces derniers croient, elles les influencent alors sans pour autant « dominer le monde » (je parlais dans mon article de domination des autres théories, pas d’une domination du monde, passons). Pour autant, il faut comprendre quelque chose, d’où la leçon d’histoire du début : il existe pour chaque époque une théorie économique dominante (le neo-keynesianisme en est un exemple frappant dans la France des 30 glorieuses), dont la pensée est relativement appliquée (bien que parfois travestie) par les gouvernants. Si c’est ça que tu critique, je t’avoue l’avoir effectivement appris grâce à des « mauvais profs de fac » (quoique certains furent de prépa),donne moi alors ta vision des choses sur ce sujet ça m’interesse !
    La théorie libérale (donne lui le nom que tu veux), c’est la théorie dominante de notre temps, ce qui fait en quelque sorte que nous discutons aujourd’hui de compétitivité et de coût du travail plutôt que de relance par la demande. Je pense en effet que nous n’avons plus la même idée de l’économie qu’auparavant, et que un réel changement dans les politiques économiques s’est fait sentir a partir des années 80 : financiarisation à outrance, importance croissante du capital dans les revenus (hausses des dividendes par exemple) ; par rapport à une période dominée par l’intermediation et la prédominence des salaires dans la rémunération des facteurs de production.
    Par ailleurs, je ne pense pas que l’inexactitude des prévisions d’experts prouve que leur théorie est bancale (voire fausse), nous sommes dans une science molle, très relative, tentant d’étudier les comportements économiques de l’être particulièrement compliqué qu’est l’homme (et pas que).c’est exactement ce qui fait que je ne suis pas partisan d’une théorie ou d’une autre, tout du moins que j’esssaie de réflechir par moi-même sur ces idées : je ne critique pas ici les avis d’experts, j’explique que les alternatives au modèle actuel sont beaucoup trop oubliées, oubliées au point de me rendre compte que beaucoup de mes connaissances ne connaissent pas les idées d’alternatives à un système que j’ose encore appeler néo-libéral. C’est le but de mon papier : amener les lecteurs à lire des alternatives autre que les « traditionnelles » (anarchisme et communisme en tête).

  3. Sur l’exemple des 30 glorieuses: je ne sais pas vraiment. En France, il est possible que ce que tu appelles Néokeynésianisme ait été appliqué par les gouvernants. Et en même temps, les taux de croissance exceptionnels enregistrés sont également dus à un processus de « rattrapage », lequel est bien expliqué dans le modèle de croissance néoclassique standard, celui de R. Solow.
    Et pour compliquer de tout… ce néokeynésianisme est développé au même moment (années 50-60) et par les mêmes gens (Samuelson et bien d’autres) que la théorie de l’équilibre général, l’économétrie…

    Donc quand tu parles de théorie dominante, il est difficile de savoir de quoi on parle dans les années 60 ! Théorie macro?

    Ce que tu appelles théorie dominante aujourd’hui serait néo-libérale. C’est difficile à dire. On parle de quoi ? De théorie en macro ? En Micro ?

    De plus, les outils qui fondent cette fameuse théorie dominante sont les mêmes que ceux qui étaient utilisés dans les années 60, ils ont été un peu plus développés.

    De plus : on peut difficilement parler de théorie dominante en économie aujourd’hui. Si on regarde ce que font les économistes en France et aux USA, on voit beaucoup de sous disciplines différentes, et énormément d’études empiriques / économétriques, sans forcément beaucoup de liens avec la théorie.

    L’image d’épinal que je critique (en parlant des profs de fac ou prépa), c’est de considérer que parce qu’au niveau mondial on dérégule, ou parce qu’un gouvernement fait une politique de relance, alors la théorie dominante serait une théorie néo-libérale (encore une fois, je ne vois pas de quoi on parle) ou une théorie keynésienne…

    Mais ça c’est simplement ce que les gouvernements font concrètement, et comment ils le vendent, mais ce n’est pas nécessairement ce qui se passe dans la conduite de la recherche et l’avancée des idées économiques par les auteurs.

  4. je ne parle pas ici de la recherche ou des études que l’on pratique en théorie économique: les théories dans la recherche économique ne vont pas toutes dans le même sens, et sont souvent divisées en nombre de disciplines dont aucune ne se dégage réellement face à l’autre. elles sont construites dans le temps (ainsi walras à la fin du 19e, sans trouver la réponse, posa la question de l’equilibre général développé par la suite par Arrow et d’autres dans les années 60). mais je ne parle pas de la recherche et du monde scientifique ici.
    Je parle ici de légitimité des actions des gouvernements, légitimité gagnée par la justification de leurs actes, elle même gagnée par nombre d’études, d’hypothèses, etc… lancée par des « experts » en économie, et qui gangrène la vision du peuple de l’économie, car ce dernier ne voit pas d’alternatives au modèle actuel, qui souffre pourtant de problèmes importants.
    je n’ai pas pu tout dire car je suis préssé par le temps mais cela résume à peu près mon idée.

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