Bitcoin : Ennemi du climat ?

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Décidément, la plus célèbre des crypto-monnaies n’en a pas fini avec les polémiques. D’abord critiquée par les milieux financiers pour son instabilité, puis par les défenseurs des droits pour ses liens étroits avec le Darknet, le Bitcoin a récemment fait l’objet de vives critiques de la part d’un nouveau groupe : les défenseurs de l’environnement.

Quel lien entre le Bitcoin et le climat ?

Pour rappel, toute crypto-monnaie est gourmande en énergie pour la raison suivante.

Les crypto-monnaies reposent sur un protocole appelé blockchain. Toute transaction utilisant une crypto-monnaie exige une confirmation de la part d’une autorité décentralisée, publique, et en théorie inviolable. Pour faire simple, plutôt que de passer par des banques (autorités centralisées), la validation des transactions par le protocole blockchain repose sur des suites de calculs réalisées par des « mineurs ». Ceux-ci valident les échanges de la crypto-monnaie et les inscrivent dans cet immense registre décentralisé qu’est la blockchain. En contrepartie, ces mineurs sont rémunérés en crypto-monnaie.

Or cette validation des transactions nécessite une énorme puissance de calcul de la part d’ordinateurs (voire data centers entiers), générant une très forte consommation d’électricité. Logiquement, plus la crypto-monnaie sera utilisée, plus le nombre de transactions augmentera, ce qui provoquera une hausse de l’énergie consommée.

Malheureusement, la plupart des data centers effectuant les opérations de calcul sont situées dans des pays où les l’électricité provient essentiellement de ressources fossiles polluantes, en particulier le charbon…

Selon Digiconomist, la consommation annuelle d’électricité du Bitcoin était de 73,12 TWh au 09 novembre 2018. Pour mettre cela en perspective, si le réseau Bitcoin était un pays, il se classerait au 39ème rang en termes de consommation d’énergie mondiale, à égalité avec l’Autriche. Toujours d’après Digiconomist, l’énergie utilisée par une seule transaction Bitcoin pourrait alimenter la consommation d’électricité journalière de 25 ménages américains moyens ! Et à mesure que le Bitcoin se popularise, sa facture énergétique augmente.

 

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Evolution de la consommation énergétique du Bitcoin depuis une année.

 

Une situation si alarmante que cela ?

Le débat a été relancé fin octobre par la publication d’une étude dans la revue Nature Climate Change, très alarmiste vis-à-vis de l’impact environnemental que générerait une démocratisation du Bitcoin. D’après ces chercheurs, cette perspective mettrait directement en péril l’atteinte de l’objectif de limitation des émissions de CO2 à +2C°, autrement dit ceux de la COP21, d’ici à 22 ans dans le scénario le plus conservateur !

Cette hypothèse fait froid dans le dos, surtout pour les plus technophiles d’entre nous.

On peut néanmoins opposer quelques réserves par rapport à ces projections.

Tout d’abord, même si l’argument selon lequel une hausse du nombre de transactions augmenterait l’impact écologique fait sens, cette augmentation pourrait néanmoins être limitée par plusieurs facteurs. Si la production d’énergie renouvelables continue sa progression jusqu’à devenir majoritaire, avec une adoption par les data centers, alors cette hausse des émissions de CO2 pourrait être atténuée. A condition que la rentabilité de ces sources d’énergie s’accentue car à l’heure actuelle le charbon gagne cette compétition. De même, on peut très bien imaginer qu’à horizon moyen terme, les évolutions technologiques permettront aux serveurs d’être plus efficient, c’est-à-dire de réaliser plus de calculs en consommant moins de ressources.

On peut également remettre en cause le scénario d’adoption proposé par cette étude. En effet, on parle maintenant depuis assez longtemps du Bitcoin mais à quelques exceptions près l’écrasante majorité des transactions passe actuellement par des autorités centralisées (cartes bancaire, liquide, paiement électronique, …). En 2017, le Bitcoin ne représentait que 0,03 % des 300 milliards de transactions dématérialisées effectuées dans le monde. Nous sommes donc encore loin d’acheter notre baguette de pain avec des Bitcoin et pour le moment, rien ne suggère que cela change d’ici 30 ans.

Mais finalement, quelquesoit la justesse de cette prévision, le caractère énergivore du Bitcoin est dorénavant indéniable. Ce qui en fait un argument supplémentaire dans le débat sur l’utilité des crypto-monnaies.

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