Article 13 : Plateformes de streaming, bonne nouvelle pour les artistes ?

william-iven-5894-unsplashL’émergence des nouvelles offres de streaming légal a créé de nouveaux usages qui ont rendu moins intéressant pour les internautes le recours au téléchargement illégal. A tel point que l’industrie musicale a repris des couleurs après plusieurs années de baisse constante des ventes expliqués par le téléchargement illégal encore endémique et le recul des ventes sur support physique. Comme le montre différentes études de l’IFPI (Fédération internationale de l’industrie phonographique) et le SNEP (Syndicat National de l’édition Phonographique) en France, le succès du streaming musicale se démontre années après années. Les revenus issus des ventes numériques représentent désormais la moitié du chiffre d’affaires mondial de la musique. Même phénomène constaté du côté du streaming de films et séries, renforcé par la multiplication des plateformes et des contenus originaux.

IFPI CA musique

Source : IFPI

SNEP audience stream

Source : SNEP

Cependant, cela est loin cette situation est loin de ravir les associations d’ayants droits car tout le modèle de rémunération des artistes reste à réinventer, et ce à la fois pour les plateformes de streaming payantes mais aussi les gratuites comme Youtube.

La rémunération des ayant droits , pomme de discorde

Pour comprendre les ressorts de ce débat, il faut comprendre les enjeux autour du conflit opposant ayant droits et plateformes numériques.

Les ayant droits sont les bénéficiaires de droits d’auteurs, c’est-à-dire d’une part des revenus générés par la commercialisation d’une œuvre sur laquelle ils ont la propriété intellectuelle. La durée d’une propriété intellectuelle peut varier en fonction des pays ou encore du produit culturel mais le principe demeure le même : le créateur de l’objet immatériel est rémunéré sur un ratio des ventes. Par exemple, lorsque Disney a racheté les licences Marvel et 21st Century Fox, cela signifie pour le groupe qu’il a le droit de propriété intellectuelle sur chaque œuvre ou produit dérivé vendu ou utilisé. Durant des dizaines d’année, ce fonctionnement a fait le plus grand bonheur des ayant droits.

Mais l’arrivée d’Internet a tout bousculé. Il est très simple de récolter un pourcentage sur chaque vente de livre, disque ou ticket de cinéma vendu. Mais à l’ère du numérique, quelques clics suffisent pour mettre gratuitement à disposition une œuvre artistique. D’une part cela a encouragé et facilité l’accès illégal à des produits culturels mais cela rend également plus flous les contours de la rémunération d’un artiste.

En ce qui concerne la musique, la rémunération des artistes se fait à l’écoute. Les grilles tarifaires varient bien sûr entre plateformes mais l’idée reste la même : à chaque écoute de votre morceaux, vous toucherez quelques centimes. Ce graphe tiré d’une étude du Monde sur ce type de rémunération est très éclairant.

Lemonde - revenu par plateformeEn effet, même pour une écoute payante, on voit bien une des premières limites du modèle qui est la faiblesse du montant reversé. A l’exception des locataires permanents du hit parade, après la part perçue par les ayants droits (ici maisons de disque), il ne reste pas grand chose pour les artistes. Comme l’explique l’article, ce faible montant s’explique par la raison suivante :

“Dans un exemple fictif, si une plateforme musicale sert 100 000 chansons en un mois aux internautes et en tire 10 000 euros, chaque chanson jouée aurait une valeur théorique de 10 000 divisé par 100 000, soit dix centimes d’euro. De ces dix centimes, la plateforme de « streaming » garde 30 % et reverse les 70 % restants aux ayants droit – Apple promet entre 71,5 % et 73 %.

Les ayants droit, autrement dit, les maisons de disques et les producteurs, gardent ensuite 90 % des sept centimes versés par la plateforme de « streaming ». Ils reversent en moyenne les 10 % aux artistes, selon les chiffres de l’Adami (qui milite pour une répartition favorable aux artistes). A titre de comparaison, ces revenus sont partagés en 50-50 % quand il s’agit de diffusion radio.”

Et cela est un état des lieux du streaming payant. Cependant, la cause principale pour laquelle les associations d’ayants droits se sont mobilisé et défendent actuellement la directive sur le droit d’auteur est le streaming (légal) gratuit.

Le cas Youtube au coeur du conflit

Le modèle économique de Youtube pose deux problèmes aux ayants droits. Non seulement les artistes touchent moins de 100 fois ce qu’ils auraient pour un équivalent en écoute payée, mais s’ajoute à cela le fait que cette plateforme gratuite incontournable ne reverse quasiment rien aux maisons de disque.

En effet, Google, qui détient Youtube, bénéficie de son statut d’hébergeur de contenu pour se dédouaner de la responsabilité de la musique distribuée sur son site. Cela agace d’autant plus les ayants droits que la plupart des tubes franchissent allègrement le cap du milliard de vues (plus de 5 milliards de vues pour Despacito au moment où l’on rédige cet article). Cela constitue une perte sèche de revenus pour les ayants droits.

YouTube a développé son propre système de rémunération des artistes, là encore en fonction du nombre de vues, mais avec leurs propres conditions, moins favorables à ces derniers et aux ayants droits qu’avec les plateformes spécialisées sur la musique. Pour chacun de ses utilisateurs, Spotify a ainsi reversé 20 dollars aux maisons de disques en 2015, là où YouTube a accordé moins de 1 dollar. Ainsi, avec un nombre d’abonnés bien plus réduit (83 millions d’abonnés, et 180 millions d’utilisateurs au total pour Spotify à juillet 2018 contre  50 millions d’abonnés Apple Music à la même période), les autres plateformes de streaming audio supportent largement l’écosystème musical.

Face à ce constat, les lobbies artistiques ont changé leur fusil d’épaule. Après s’être attaqué au téléchargement, c’est maintenant à la plateforme Youtube qu’ils s’attaquent quasiment exclusivement. Et leur effort a payé car après d’âpres négociations à l’échelle européenne, ils ont convaincu le parlement européen de finalement passer la directive sur le droit d’auteur dans le marché unique numérique.

Alors que contient cette directive ? Pourquoi tant de réactions en réponse à l’article 13 ? Et quels seront ses effets pour les internautes européens ?

La suite dans un prochain article !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

pizza