Jeux Indépendants, ton Univers Impitoyabe

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Lootboxes, paywall, hégémonie du multiplayer, ruée vers les jeux mobiles… L’industrie vidéoludique est traversée par de nombreuses révolutions (certains parleront plutôt de fléaux) qui pour le meilleur ou pour le pire modifient radicalement notre manière de consommer les jeux vidéo. On parle bien ici de consommation tant la logique commerciale prend le pas sur la logique artistique dans le processus de création d’un jeu vidéo.

 

Les plus âgés d’entre nous se rappelleront avec nostalgie d’une époque où l’emphase était principalement mise sur le mode solo, avec son inévitable « mode histoire » et une durée de vie convenable. C’est cette même époque (décennies 1980-1990) qui a vu foisonner les licences historiques et les nouveaux types de jeu (FPS avec Doom, Wizadly pour le 1er vrai RPG, etc). Certes l’époque est quelque peu idéalisée et on remercie des youtubeurs comme Joueur du Grenier (http://www.joueurdugrenier.fr/) pour nous rappeler qu’il n’a pas fallu attendre 2018 pour voir des jeux médiocres.  

 

Sans rentrer dans le débat stérile du «c’était mieux avant », on ne peut pas nier le phénomène de concentration de l’industrie autour de quelques éditeurs et studios avec des modèles économiques contestés et des « recettes » quasi similaires : en 2017 l’open worldétait un concept incontournable, jusqu’au succès de PUBG et Fortnite qui ont fait du battle royale la recette à succès de 2018.

 

Logiquement, on a vu ces dernières années une explosion de l’industrie du jeu indépendant. Les initiatives personnelles et petits studios se sont développés, permis par l’émergence de nouveaux modes de distribution tels que Steam Direct (ex Steam Greenlight, plus permissif https://www.numerama.com/pop-culture/265068-steam-greenlight-ferme-ses-portes-quelle-alternative-propose-valve-aux-indes.html) )  mais également grâce à l’essor du crowdfunding, véritable levier de financement pour ces acteurs.

On constate que, presque de manière contestataire, les jeux indépendants évitent les nouveaux modèles économiques et préfèrent se distinguer par leur propos, gameplay (RPG pour nostalgiques de Baldur’s Gate, Die & Try exigeants comme Super Meat Boy, etc), ou univers visuel que par les moyens mis dans des graphismes toujours plus poussés. Cependant, l’exception faisant la règle, il existe également des projets titanesque tels que Star Citizen, qui peine cependant à sortir.

 

Le jeu vidéo indépendant est-il donc le nouvel eldorado ? Les joueurs sont-ils au rendez-vous ?

 

 

Indie, marche ou crève ?

 

 

Se lancer dans le développement d’un jeu indépendant ressemble plus souvent à un parcours du combattant qu’une cure thermale. Prenons l’exemple de Luke Rissacher. Durant 3 ans, il s’est investi activement pour développer Infinitroid (https://infinitroid.com/), mais après des plus de 2600 heures consacrées à ce projet et l’écriture de dizaines de milliers de lignes de code, il s’est rendu compte de la pire des façons de l’état du marché des jeux vidéo indépendants. Et c’est l’une des toutes premières difficultés de cette industrie : une communauté de personnes intéressées ne garantit pas le succès d’un jeu. Malgré une réception très positive dans les forums et Reddit, Luke n’a vendu que 4 copies du jeu Infinitroiddepuis la sortie du jeu en novembre 2017. Et cela avant même d’avoir pu se pencher sur une stratégie marketing pour attirer des joueurs potentiels hors de cette communauté.

 

En réalité, l’état de saturation du marché est tel que le fait d’être visible est à lui seul un exploit considérable. D’après les chiffres du site SteamSpy (https://www.gamesindustry.biz/articles/2015-06-19-the-average-game-on-steam-sells-only-32-000-copies), les ventes moyennes pour un jeu sur Steam, la principale plateforme, seraient de 32 000 unités ; et comme c’est une moyenne, on image bien la disparité entre un Call of Duty et notre humble Infinitroid.

Pour donner une idée du défi, d’après PC Gamer (https://www.pcgamer.com/steam-games-number-of-too-many/) alors que l’on comptait 300 sorties en 2011 sur Steam, il y en a eu 1 500 pour la seule période de janvier à août 2015. Même combat sur les Playstation Store et Xbox Live Marketplace.

 

Et comme si ce n’était pas suffisant, voilà que les gros éditeurs se mettent à concurrencer les jeux indépendants sur leur pré-carré. Alors que les jeux indépendants se sont longtemps distingués par leur gameplay exigeant ou univers distingués, on a vu ces derniers temps des initiatives similaires de la part de Sony avec No Man’s Sky, ou encore Microsoft avec l’impitoyable Cuphead qui a beaucoup fait parler de lui. Tout cela promu avec des moyens marketing inaccessibles pour les indépendants.

 

Alors des studios indépendants peuvent-ils faire face à l’assaut des gros éditeurs ? Avec des moyens peut-être, mais lesquels ?

Kickstarter, mécène et fossoyeur de jeux

Le crowdfunding a longtemps été et reste une évidence pour le financement de jeux vidéos indépendants. Comme pour tout produit, il présente de nombreux avantages. Le premier, évident, est de pouvoir récolter des fonds à moindre coût, le second quant à lui est d’avoir de la visibilité sur le public potentiellement intéressé par le projet.

 

C’est pourquoi la plateforme connait actuellement le même phénomène de saturation que Steam. On connait déjà plusieurs success stories en terme de levée de fonds : Bard’s Tale IV (https://store.steampowered.com/app/566090/The_Bards_Tale_IV_Barrows_Deep/) avec 1,5 millions de dollars levés ou encore Shenmue 3 (https://www.kickstarter.com/projects/ysnet/shenmue-3) à plus de 6 millions à ce jour. Et surtout, un des jeux les plus ambitieux, l’arlésienne : Star Citizen.

 

Mais comme souvent, l’arbre cache la forêt. En effet, ce graphe parle de lui-même : à mesure que le nombre de jeux financés augmente, celui des échecs croît de manière exponentielle.

 

 

Figure 1La proportion de projets échoués sur KickStarter (en bleu) est en hausse constante, relève Ico Partner. (Chiffres arrêtés au 1er juillet pour l’année 2015). Ico Partners

 

Alors certes il existe bien d’autres plateformes, cependant c’est au risque de perdre en visibilité. D’après Jean-Yves Paillé (https://www.latribune.fr/technos-medias/informatique/20140618trib000835753/financer-un-jeu-video-par-crowdfunding-une-galere-bien-francaise.html) , On recueillerait en moyenne 200 fois moins en passant par la plateforme tricolore Ulule.

 

Néanmoins le tableau n’est pas aussi sombre. De nouvelles initiatives émergent pour financer ces jeux de manière plus attractive pour les joueurs (recevoir des parts dans un jeu plutôt que des goodies en échange d’un investissement), comme par exemple la plateforme Fig (https://www.fig.co/). Cela permettrait d’attirer de plus en plus d’investisseurs, et peut-être permettre l’émergence de blockbusters à 20 millions de dollars, entièrement crowdfundés.

 

Quoiqu’il en soit le défi reste grand pour les développeurs indépendants. Mais à mesure que la colère gronde contre les pratiques commerciales des géants de l’édition, l’adoption du réflèxe Indie risque de se développer et permettre à la filière de se structurer un peu plus. Les beaux jours sont devant nous.

Petite sélection de jeux indépendants

Pour finir, on vous propose de découvrir la richesse de l’offre de jeux indépendants avec ce classement réalisé par SensCritique (https://www.senscritique.com/top/resultats/Les_meilleurs_jeux_independants_sur_PC/193229). N’hésitez pas à en acheter, ils ont besoin de votre soutien !

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